Rééducation après arthroplasties d’épaules

Parution : Profession kinésithérapeute. Oct 2010. Résumé.
Par : F.Srour

La rééducation après arthroplastie d’épaule a évolué avec les progrès de la chirurgie prothétique et des implants. Aujourd’hui les patients peuvent espérer retrouver une épaule indolore et un membre supérieur fonctionnel. Cependant, les résultats diffèrent selon qu’il s’agisse d’une hémiarthroplastie post-traumatique, d’une arthroplastie anatomique sur omartrose centrée, sur ostéonécrose, sur cal vicieux ou sur arthrose post-traumatique ou encore d’une prothèse inversée sur omarthrose excentrée avec rupture de coiffe irréparable (figure 1).

Sauf en cas de désaccord du patient, ce dernier sera hospitalisé dans un service de médecine physique et de réadaptation en vue de débuter sa rééducation. La HAS justifie cette recommandation par le fait qu’il s’agit la plupart du temps d’une population âgée, présentant de fréquentes comorbidités et dont la gêne fonctionnelle sera élevée après ce type d’intervention (1).

L’évaluation de l’épaule du patient, les techniques de rééducation ainsi que les protocoles devront s’adapter au type de prothèse posée et au geste chirurgical réalisé.

Certains principes seront communs à toutes les situations

  • Respecter l’indolence, car la présence d’une douleur, excepté dans le cadre d’une complication (infection, SDRC de type 1…) signe une rééducation trop agressive, mal conduite ou une mauvaise auto-rééducation de la part du patient.
  • Respecter les délais incompressibles de cicatrisation des tissus.
  • Respecter les critères de changements de phase pendant la rééducation.
  • Prioriser la récupération des mobilités avant de travailler activement les muscles de la coiffe des rotateurs et le deltoïde.
  • La rotation interne main dans le dos ne doit pas être travaillée.

Rééducation à appliquer dans toutes les situations en fonction des délais de cicatrisation :

  1. Mobilisations passives de la scapulo-humérale et de la scapulo-thoracique.
  2. Mobilisation de l’articulation acromio-claviculaire.
  3. Levées des tensions des muscles fermeurs de l’angle omo-huméral, du grand et du petit pectoral.
  4. Travail actif des stabilisateurs de la scapula.
  5. La position assise et l’abord de l’épaule par la scapula doivent être utilisés aussi souvent que possible car l’appui de l’avant bras sur la table stabilise l’épaule et rassure le patient (figure 2-3 et 4).
  6. En dehors des prothèses inversées le travail de la coiffe des rotateurs et particulièrement de l’infra-épineux doit être débuté dès que possible.
  7. La normalisation du rythme scapulo-huméral doit être recherché et obtenu en fonction du type de prothèse posé.
Figure 2 : Massage-étirement en position assise du teres major
Figure 3 : Massage-étirement en position assise du pectoralis major
Figure 4 : Mobilisation en position assise et ouverture de l'angle omo-huméral

Cas particuliers :

La rééducation sur une hémi-arthroplastie après fracture

Le patient est le plus souvent immobilisé sur une orthèse d’abduction pendant 6 semaines. La phase de consolidation des tubérosités est à respecter avant d’envisager un travail actif.
Pendant cette phase de consolidation le kinésithérapeute veillera à récupérer avec le maximum de précaution les mobilités passives des articulations scapulo-humérale et scapulo-thoracique, les rotations coude au corps étant proscrites. Après contrôle radiographique de la consolidation osseuse (entre 6 et 8 semaines), le travail actif pourra être entrepris uniquement si les mobilités passives sont indolores et que l’élévation antérieure et l’abduction sont supérieures à 90° (2).

La rééducation sur une prothèse inversée

Cette prothèse est posée chez des patients présentant une coiffe des rotateurs irréparable. Les mobilités passives sont d’abord recherchées par le kinésithérapeute en inversant les poussées de glissement réalisées. Lorsque le praticien réalise une mobilisation en élévation antérieure sa contre-prise ne doit pas provoquer d’abaissement de la tête humérale mais au contraire provoquer un glissement vers le haut de l’extrémité supérieure de l’humérus devenue concave.
Au niveau de la scapulo-humérale le travail actif concerne essentiellement le deltoïde.

L’évaluation doit être faite tout au long du traitement par la mesure des amplitudes articulaires, de la force musculaire, de l’intensité de la douleur… Le questionnaire de DASH est le plus adapté et le plus pratique d’utilisation pour les patients opérés de l’épaule.

1. Critères de suivi en rééducation et d’orientation en ambulatoire ou en SSR après chirurgie des ruptures de coiffe et arthroplasties d’épaule. HAS. Janvier 2008.

2. Wilcox RB, Arslanian LE, Millett PJ. Rehabilitation following total shoulder arthroplasty. J Orthop Sports Phys Ther 2005;35(12):821-36.